A l’heure où les grands Fauves

pochette-fauve-vieux-freres-part-1Auréolé d’une réputation gagnée sur les réseaux sociaux, Fauve a publié un album dont toute la presse s’est emparée. Avec un peu de recul, on peut revenir sur le phénomène  et cet album, Vieux frères-partie 1 (*) qui a envahi les ondes.

C’est sur le Net et sur scène que Fauve, collectif parisien,  a pris ses marques, installé son univers et fait parler de ce groupe avant que la sortie de son premier album ne soit largement médiatisé Fondé en 2010, Fauve s’est composé  autour de Quentin Postel, Pierre Cabanettes, Simon Martellozo, Stéphane Muraire et Nicolas Dardillac. Une moyenne d’âge de 27 ans pour des artistes qui avaient tous un taf qu’ils ont abandonné ensemble avant de faire le grand plongeon dans le monde artistique à plein temps. Comme d’autres, Fauve a décidé de refuser la personnalisation et de ne point se montrer à visage découvert dans les médias, jouant sur les photos floues, prises de dos… A l’image d’une pochette très belle sans aucun titre.

A l’écoute, on ne peut qu’être étonné par la maturité musicale d’un jeune groupe qui a, il est vrai, longtemps tourné sur scène avant d’entrer en studio. D’entrée de jeu avec Voyous,  Fauve installe un univers musical où la violence n’est pas dépourvue de plages plus sereines, comme cette Infirmière, chanson d’amour où la mélodie vous enveloppe, insidieuse. Ou ce Rag#4 , en forme de célébration de l’amitié qui console des chagrins de la vie.

Car, à bien écouter Fauve, on perçoit pourquoi un tel groupe touche large, tant ce collectif exprime les désarrois d’une génération – les 20-30 ans- désenchantée et qui, non content de s’ennuyer, a la trouille de l’échec, de ne pas trouver ses marques dans une société de plus en plus déshumanisée. Ouvrant son monde à des personnalités reconnues, comme le rappeur Georgio, crédité sur la pochette, ou anonymes -voix féminine, très belle, et masculine, ce collectif sans visages exprime alors ce mal être avec une vraie force dans une forme de slam bien tempéré. Dans lequel 1813016_7_c588_fauve-jeudi-3-janvier-2013-a-l-international_f19ba41a81d5c39ab2c1571a52d0a5f0l’expression « Vieux frères » revient comme un lancinant motif. Un collectif qui lance dans De ceux, porté par de très beaux riffs de guitare électrique, une forme de manifeste  : « Nous sommes de deux qui se font assister / Des baltringues/ Des éclopés/ Des faibles/ Nous sommes de ceux qui prennent des trucs pour tenir le coup/ Nous sommes de deux qui savent pas dire non. Qui connaissent pas la rébellion/ Qui soutiennent pas les regards. »

Certes, les propos ne sont pas toujours d’une puissance totale, et l’on peut penser que dans Le Chien et surtout Il n’y a plus rien, un Léo Ferré allait beaucoup plus loin dans ses révoltes poétiques, et prophétiques. Avec une puissance d’écriture dure à égaler.  Cela dit, Fauve arrive à point nommé pour incarner le mal être d’une société et le gueuler en musique à la gueule des gens. Avec une habileté redoutable dans la façon d’être et de paraître, ce qui permet à tout un chacun de se projeter dans le tableau morose de la société décrite et des rapports humains évoqués. En tout cas, depuis les premiers succès de ses vidéos postées sur internet à l’automne 2012, Fauve a trouvé ses marques. Etalés jusqu’en mai, les vingt concerts au Bataclan à Paris affichent déjà complets. Fauve est bel et bien descendu dans l’arène sans céder un pouce de sa liberté. Ce n’est déjà pas si mal…

(*) Disque Fauve Corp/Warner.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s