La Maison ouvre une belle pièce

La-Maison-Tellier-cover_0Quatrième album pour la Maison Tellier, Beauté pour tous (*) est un disque d’une grande maturité. Le groupe y offre des textes écrits en français d’une belle mélancolie et où l’engagement se décline discrètement. Une vraie réussite.

Dès l’ouverture,  le combo de  La Maison Tellier entre dans le vif avec Un bon français, réflexion détournée sur la peur de l’autre, les dénonciations qui a bien des résonances avec l’époque actuelle. « Toujours les corbeaux reviennent, signé : un bon Français ». Porté par une montée mélodique puissante, on y sent la-mainson-tellier-nouvel-album-beaute-pour-tousl’influence du Corbeau, le célèbre film d’Henri-Georges Clouzot ou du Chant des partisans. Au fil des plages, d’autres animaux figurent dans ce bestiaire musical porté par la belle voix chaude d’Helmut : un loup blanc, un lapin pour un titre en apparence naïf mais sur le fond angoissant. En délaissant une écriture coup de poing, qui semble toujours naïve, le groupe y gagne en puissance d’inspiration et en poésie.  Ils disent justement : « A la différence du rap ou les propos sont plus directs, nous choisissons plutôt des chemins détournés. La figure animale s’y prêtait bien. »

Quand la Maison plonge dans la poésie pure, c’est pour célébrer dans Prison d’Eden, un grand romancier Octave Mirbeau, un auteur de deux romans fondateurs du début du 19ème siècle : Le Journal d’une femme de chambre et Le Jardin des supplices. « Je n’ai pas pris mon parti de la méchanceté et de la laideur des hommes. J’enrage de les voir persister dans leurs erreurs monstrueuses, de se complaire à leurs cruautés raffinées… Et je le dis », disait en 1910 cet auteur pessimiste à la plume acérée et aux idées anarchistes, alors que sa santé déclinait.


Décidément sensible au parfum de La Belle Epoque, la Maison Tellier évoque à sa façon, sur une mélodie où les arpèges de guitare sont soutenus par de belles envolées de cordes-  cette célèbre Exposition en forme d’interrogation sur la fin d’une époque. « On entend partout chanter que l’Epoque est belle/ un si beau carnage est universel/ Là, au cœur des palais souterrains/ accepterez-vous de prendre ma main ? »

Musicalement très riche -le mariage des roulements de tambours et d’un banjo obsédant de La Maison de nos pères en est un parfait exemple- La Maison Tellier trouve de jolie manière sa voix en délaissant l’anglais des premiers disques.  « On s’est rendu compte que ce n’était pas le même groupe qui chantait dans une langue et dans une autre. L’anglais est plus facile à chanter, surtout quand on a des envies de folk et de blues. Mais, si une chanson fonctionne en français, elle a une plus-value. » Indéniablement dans cette Beauté pour tous, cela fonctionne vraiment bien.

(*) Disque Wagram

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