Bertrand Cantat peut-il changer d' »Horizon » ?

Detroit-HorizonsEn revenant sous les projecteurs derrière le nom d’un nouveau groupe Detroit, formé avec Pascal Humbert (ex-16 Horsepower et Wovenhand), Bertrand Cantat sort du silence avec l’album Horizons (*). Une façon de renaître après le drame de Vilnius. Mais, peut-on écouter cet album en toute objectivité ?

N’en déplaise à Catherine Ceylac qui , tel un procureur sans charge, condamnait début octobre dans le même élan l’homme et l’artiste, Bertrand Cantat a le droit d’exister. Pourquoi interdire à un homme, parce qu’il est connu, la possibilité, après avoir payé le prix de sa faute, de se réinsérer dans son milieu d’origine ? A la suite de l’homicide de Marie Trintignant en 2003, l’homme a purgé sa peine. Et le suicide de sa dernière compagne en 2010 a encore donné un coup de projecteur sur lui en ravivant le feu qui dormait sous la cendre.

Le voilà donc de retour comme « simple » artiste grâce à  ce premier album, non plus en groupe, mais en duo : Détroit. Pour sa conception, Bertrand Cantat a travaillé de concert avec Pascal Humbert. Indéniablement, son nom fait encore recette et cet album pourrait bien passer rapidement le cap des 50 000 exemplaires et devenir disque d’or. D’ores et déjà, Détroit doit se produire à la Cigale à Paris, les 4, 5 et 6 juin prochains et les concerts seraient déjà complets. Si toutefois, aucun collectif ne vient troubler l’ordre de ce retour en scène. Car, Bertrand Cantat n’est plus un artiste vraiment comme les autres.

En prenant le recul de l’écoute, en laissant un peu de temps à la rumeur de se dissiper après  le retour d’un tel artiste, et la question se pose de savoir si l’on peut entendre ses chansons  d’une grande qualité aussi bien dans la musique que dans l’écriture -sauf peut-être les deux titres en anglais- en faisant fi du reste ? Distinguer l’homme de l’art ? Rien n’est moins sûr car le contexte est lourd, la tragédie est là, présente dans les mémoires. Et marque l’inspiration de Cantat.

Bertrant Cantat – Droit dans le soleil HD… par france3aquitaine

x240-lq-De fait Bertrand Cantat ne nous facilité pas vraiment la tache par des poèmes qui ne parviennent pas à nous oublier  ce passé plombant. Certes, il y a un beau texte sur la prison et l’enfermement de la chanson-titre qui décrit bien l’accablement de celui qui a franchi les bornes et vit l’enfermement . « Le rythme carcéral/ passe par la tuyauterie/ un dialogue de misère/ pour dire qu’on est en vie/ ou bien qu’on fait comme si/ et qu’on sait que ça n’a plus/ ni le moindre sens/ ni la moindre importance. »
Mais, dans un tel contexte, la neutralité est impossible. D’autant plus que d’autres chansons comme Ma Muse renforce le trouble. Et ces vers directs où le « tu » est de rigueur renforçant la proximité et les parallèles inévitables avec  »l’affaire ». Ainsi le refrain : « Ne le répète jamais à personne/ et surtout garde ça pour nous, alone/ les braises incandescentes sont encore/ sous la cendre froide/autrement dit : « Sois toujours…/au rendez-vous » Les mots d’Ange de désolation ne font que confirmer la gêne et ce « Dors mon ange de désolation » en forme de complainte et de chant de deuil. L’écriture est splendide mais comment tirer un trait sur le passé ?

Enfin, si Cantat n’a pas attendu cet album pour célébrer Léo Ferré -le soir de l’annonce de son décès, Noir Désir se produisait sur a grande scène des Francofolies pour un concert incandescent et l’artiste l’avait dédié à l’auteur de C’est extra- terminer un tel album de retour par Avec le temps et cette formule désormais éternelle « Avec le temps, tout s’en va » ne peut, une fois encore, laisser indifférent. En tout cas, quoiqu’il dise ou qu’il chante, Bertrand Cantat ne peut ignorer que, dans son cas, avec le temps, tout a plutôt tendance à rester. S’il s’agissait seulement de chansons dénonçant les puissants comme Sa Majesté, l’artiste aurait pu tenter de revenir en pleine lumière tout en oublier ce passé dramatique. Avec de telles chansons, aussi poétiques et réussies soient-elles, il prend le vrai risque de raviver le souvenir et d’entretenir la douleur. A chacun d’écouter ce disque en son âme et conscience.  sans pour autant tomber dans les anathèmes mentionnés plus haut.

Une chose est sûre : Bertrand Cantat n’a pas pris, après la séparation définitive avec Noir Désir,  la voie la plus simple pour revenir dans la lumière en solo.

(*)Disque Barclay

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