Brel-Rauber : unis sur scène comme au cinéma

brel_jacque_chansonse_101bQuand Jacques Brel a joué au cinéma, il n’a jamais complètement oublié la chanson. Un double CD, Jacques Brel & François Rauber – Chansons et musiques de films (*) en témoigne fort à propos…

Jacques Brel n’était pas homme à vivre sans passion. Sur scène, point n’est besoin de dire qu’il donnait tout, quitte à vomir avant d’entrer sur scène et de vivre ses chansons jusqu’au bout du souffle. Passant devant -et derrière- la caméra, le grand Jacques ne changea pas sa façon d’être. Premier accompagnateur puis arrangeur et chef d’orchestre de Brel, François Rauber disait ces mots que l’on retrouve dans la pochette, pleine d’infos, de ce double album : « Brel aimait profondément la musique. Je crois même qu’il devait connaître plus d’œuvres que moi. Souvent, en voiture, pendant le trajet des longues tournées, nous allumions la radio au hasard en essayent d’identifier instantanément le morceau diffusé. A ce jeu-là, Jacques gagnait presque toujours. Sa culture était immense, pour quelqu’un qui n’était pas un mécanicien de l’écriture, qui possédait une technique totalement instinctive. Il aimait ce qui était descriptif, chatoyant, coloré : l’école russe, Stravinski mais aussi Ravel. Notre amitié s’est nouée dans ce goût partagé pour une certaine esthétique de la musique symphonique. »

Dans cet album double, on retrouve le fruit de cette complicité amicale avec l’incursion de la voix de Brel dans des chansons pour ses propres films –L’Enfance dans Le Far West; Frantz...- ou pour ceux des autres comme ce gouleyant Mon oncle Benjamin où il campait un docteur humaniste et révolté avec panache. Et dans Le Panier à crabes, description ironique des milieux du cinéma, Brel structura aussi la bande originale avec des déclinaisons instrumentales de ses premiers succès d’alors comme La Colombe ou La Tendresse. Une musique que l’on retrouve pour la première fois dans sa version discographique de cette anthologie. Une exposition très intéressante de la façon de travailler du duo.

Franz_(1971)Mon_oncle_Benjamin_(1969)

Bref, cet opus fait revivre avec force Brel au cinéma, y compris quand il prêta sa personnalité de chanteur à ce Roi sans divertissement de Giono, adapté en 1963 au cinéma. Après bien des péripéties, cela donnera Pourquoi faut-il que les hommes s’ennuient avec cette épure pour guitare-voix qui touche au cœur.


La Valse au limonaire de « Frantz »

Après avoir mis un terme au printemps 1967 un terme à sa carrière de chanteur -on se souvient de sa déclaration « Un jour, je me suis réveillé avec un gramme et demi d’habileté. » – Brel a alors, tout en recommençant à zéro sa vie d’artiste, prolongé sa vie musicale par cinéma interposé. Cela donnera par exemple la musique originale de Mon oncle Benjamin avec la version splendide de Mourir pour mourir. Ou encore une collaboration inattendue : la musique que les deux amis composèrent pour une autre icone de la culture belge : Tintin et le temple du soleil.

Après la disparition de Brel, François Rauber ne cessa pas d’écrire, jusqu’à sa disparition en 2003,  pour l’image et le concert. Mot provisoire de fin par Edouard Molinaro qui, évoquant Mon oncle Benjamin,  dit du duo : « C’est une alchimie très mystérieuse.. Rauber, lui, était vraiment la moitié de Jacques. Car Brel était musicien dans l’âme mais ne pouvait pas écrire pour orchestreL Leur complicité était immédiatement perceptible : ils se comprenaient à demi-mots, je dirais même à demi-notes. »

(*) Disque Universal Music France

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