Léo Ferré par lui-même

product_9782070142408_195x320On attendait le livre depuis longtemps. Avec Les Chants de la fureur (*), les amoureux de Léo Ferré  peuvent plonger dans une anthologie de près de 1 700 pages où l’on découvre une presque intégrale des œuvres du chanteur. Avec notamment de nombreux textes inédits…

Avec ce gros volume, le fils de Léo Ferré, Mathieu a fait un sacré travail de mémoire sur l’œuvre de son père. En guise d’invitation au voyage, il écrit : « Mon père est pour moi comme un de ces chênes centenaires, majestueux et rares. Lorsqu’on l’aperçoit de loin on ne voit que son imposante présence, on se dit : « J’aimerais bien m’abriter au-dessous, à l’ombre et au frais et me sentir au bon endroit. En s’approchant, on commence à mieux le voir, une branche cassée, par-ci, par-là, une certaine rugosité dans l’écorce, une pancarte « Interdit de chasser », clouée par un abruti, plein d’oiseaux qui ont fait leur nid et qui sifflotent, bref, tout un petit univers. On s’aperçoit aussi que pratiquement rien d’autre ne pousse dessous. C’est la loi du plus fort ! Et c’est bien ainsi. » Le fils défend l’œuvre magistrale du père, et c’est bien normal.  On le sent aussi encore retourné par certaines biographies et  préférant laisser les textes parler d’eux-mêmes sans les incontournables commentateurs. Pourtant, comme pour tout écrivain, ils peuvent s’avérer utiles pour percer les secrets d’un univers si dense. Et le travail d’un homme qui a pratique, même si Mathieu déteste l’expression, le pain perdu. Un terme qui n’ a rien de péjoratif mais montre comment Ferré, au delà d’une production foisonnante, a su ré- utiliser tel ou tel texte dans un autre contexte.  Ferré qui me confiait à la fin de sa vie qu’il ne « parvenait plus à écrire comme à ses débuts. » Pour autant, pourquoi se serait-il privé de revenir à des textes des années 50 ? D’autre part, repérer la datation de telle chanson ne relève pas du crime de lèse-majesté mais de l’œil averti de l’amateur.

Bien sûr, on retrouve dans ce recueil l’intégrale de cette Mémoire et la Mer, qui est le cœur de l’œuvre de Léo, a donné matière à plusieurs chansons et demeure un des textes les plus énigmatiques de sa production. Des années de formation, on découvre dans ce livre précieux des textes inconnus comme les couplets anticléricaux de La Messe noire, écrite en 1947 à la Martinique où il lance notamment : « Le bouffon, c’était lui là-bas ceint de dentelles/ Et saint de par la sainteté des oripeaux/ Pendant que le soleil violait aux vitraux/ Leur pauvre volupté d’authentique aquarelle. »

772533361Le plus surprenant dans ce recueil est de découvrir un journal intime que Léo composa à la fin de ces jours  tumultueux, passés avec Madeleine, Les Années blêmes et dont Mathieu a décidé de publier l’intégralité, y compris les passages biffés par Ferré. Il écrit  toujours dans la préface : « Je prends donc le risque de le publier tel quel, même en me disant que peut-être mon père n’aurait pas voulu ! Tant pis, il n’avait qu’à détruire ce document comme il l’a d’ailleurs fait à plusieurs reprises. »

On découvre alors les réflexions instantanées du poète-chanteur qui ne mâche pas ses mots. Ainsi, lance t-il sur Renée Lebas : « Ah la Lebas, qu’est ce que tu as pu me l’esquinter mon beau Paris ma belle Canaille avec de récitatif de la fin que je n’avais jamais prévu et cet arrangeur de malheur cet orchestrateur de merdorgue qui supprimait tout simplement l’intro canaille l’introquiressemblait aucirqueaveclemauvaisgoûtcompris… » Alors que, quelques pages plus loin, il rend un hommage vibrant au talent de Catherine Sauvage. Et puis, il y a l’évocation de la muse d’alors, de cet amour pour Madeleine qui deviendra sous peu de la haine mais dont on sent alors l’omniprésence -réciproque- dans la vie de l’artiste. « Quand on va vers l’Amour/ On traîne pas dans les paroles/ et la parole/ Madeleine-la-Maub/ elle sait ce que ça veut dire/ c’est cher, les mots… »

S’il y a un livre que tout amoureux de la poésie de Ferré se doit d’avoir, c’est bien celui-là et en prenant le temps d’y revenir souvent…

(*)Ed. Gallimard/ La Mémoire et la Mer

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