Le14 juillet, la fête de Ferré

DSCN5511A Marseille, Léo Ferré posa souvent ses bagages au théâtre Toursky, créé dans le quartier populaire de la Belle de Mai par Richard Martin qui n’a pas attendu la mort du « Vieux » pour lui rendre hommage. Pour « marquer » les vingt ans de la disparition de Ferré, il a organisé, dimanche 14 juillet,  avec la complicité de bien des artistes de renom un hommage en forme de feu d’artifice .

afficheIlot de résistance culturelle, défendu bec et ongles par le flamboyant Richard Martin depuis le début des années 70, le théâtre Toursky est un de ces lieux à part de la scène française. Situé dans les quartiers nord de Marseille, plus connus pour les faits-divers que pour l’engagement culturel, ce théâtre accueillit souvent Ferré qui y chanta  par solidarité, pour soutenir l’ami enragé, Richard Martin qui fit même plusieurs grèves de la faim pour défendre son espace et les subventions capitales pour survivre.

Tout naturellement, dimanche 14 juillet 2013, la fête nationale fut plutôt l’occasion de sortir du côté du Toursky  le drapeau noir que l’emblème bleu-blanc-rouge. Et dans sa salle de 700 places bondées, avec la possibilité de suivre le spectacle dehors sur un écran géant, Richard Martin a voulu un hommage digne et fort à l’ami Léo, disparu, il y a vingt ans, le jour de la fête nationale. Martin qui dit : « J’ai trouvé dans ses textes des portes de secours admirables, empreintes de prophéties. C’est d’une modernité absolue. »

Dès 19h00, le public a pu d’abord, dans le tout nouveau espace Léo Ferré, attenant au théâtre, découvrir, sous un bel arbre, baptisé « le bonsaï de la liberté »,  les adaptations de Ferré signé par un groupe qui a le mérite de l’originalité, MG21, orchestre d’instruments à cordes (mandolines, guitares, contrebasse…) qui accompagna le chanteur  Féloche dans quelques reprises enlevées. Comme si un parfum de sonorités napolitaines venaient réveiller l’âme du grand Ferré, et rendre sa poésie à la rue.

DSCN5521Un peu plus tard, le show de trois heures a vu défiler une belle brochettes d’artistes venus déclamer, chanter, ou danser Ferré en présence de Marie, sa dernière épouse. Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault ont ainsi fait une chorégraphie aussi délicate que puissante sur La Vie d’artiste. Même si son installation (à moitié de dos face au public) n’était pas des plus judicieuses, Michel Bouquet a dit avec le talent qui est le sien deux lettres non publiées de Ferré : A une lettre anonyme et A un critique. Sourire narquois, Rufus a signé une interprétation solide du texte original sur Le Style. Quant à Michael Lonsdale, il n’y avait que lui pour dire ainsi Dieu est nègre quand Philippe Caubère, l’enfant du Sud, donnait de la voix pour ressusciter les mots de Jean-Roger Caussimon, compagnon de poésie de Ferré. Physiquement absent mais quand même là par la grâce d’une vidéo, Pierre Arditi a, quant à lui, donné de la voix sur Y en a marre, un moment qui manquait pourtant de vraie révolte et de la hargne originale de Léo.



Fidèle à l’univers de Ferré, Richard Martin a servi, haut la main, ce répertoire qu’il connaît depuis des lustres et sa version de l’intégrale de La Préface valait le détour. Tout comme celle de Il n’y a plus rien, marquée par les fulgurances du duduk arménien de Levon Minassian et les envolées du violon de Didier Lockwood. Un jazzman qui a continué, une fois le concert terminé, à improviser à l’extérieur avec les musiciens gitans de Sapho pour le bonheur de quelques spectateurs noctambules. Quand son épouse, Gisèle Casadesus signait une version lyrique tout à fait extraordinaire de C’est Extra.

DSCN5529Côté chansons, l’hommage n’était pas mièvre. Si  Michel Hermon a donné une interprétation belle mais un peu trop fidèle au modèle de La Mémoire et la Mer, Angélique Ionatos a chanté une version bouleversante de Cette blessure quand Sapho donnait, en marocain de la rue, une version de grande classe d’Avec le temps. Autre belle surprise : l’interprétation de La Mort des loups par Christiane Courvoisier dont le crescendo ne pouvait que faire frisonner son monde.

Bref, une soirée à l’image d’un chanteur insurgé,  qui, même à la fin de sa vie, continuait à dire sa colère, ses révoltes. La musique a continué après le spectacle, se prolongeant même par un petit bal populaire et d’autres éclats de chanson. Même loin dans la musique des étoiles, Ferré a réussi son pari de faire descendre mélodies et poésie dans la rue. Ce n’était pas le moindre mérité de la belle soirée organisée par l’ami Richard Martin.

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