Moustaki, je me souviens

DSC_0056Il a donc tiré sa révérence non pas dans sa chère île Saint-Louis mais à Nice. A 79 ans et quelques 300 chansons, on s’aperçoit que Georges Moustaki, artiste engagé avec élégance, a marqué les ondes de son style. Signifiant bien plus de choses par ses métissages musicaux que pas de longs discours. Il n’est pas l’auteur du Métèque pour rien… qu’il définissait comme un « cri de révolte de toutes les minorités.« 

Ce vendredi matin, un homme signait un hommage ému à l’ami Georges : François Morel sur France Inter. A écouter en boucle. Avec Moustaki, chacun a en mémoire une bande son de sa vie, tant ses chansons ont accompagné les nôtres. Moustaki était un bonheur pour les journalistes car l’homme savait recevoir dans son bel appartement de l’île Saint-Louis vous offrant un café grec dont il avait le secret. Toujours disposé à livrer de sa voix pas si « monocorde » que cela,  et comme s’il en parlait pour la première fois, une anecdote sur ses voyages, sa vie, ses rencontres…

Je l’avais suivi à plusieurs reprises de l’inauguration du village de vacances qui portait son nom dans le Jura, à des concerts à Marseille, à Paris… La dernière fois, c’était sur le tournage d’un reportage à lui consacré par Envoyé spécial sur France 2 au milieu des années 2 000. De son club de pongiste -il était d’une efficacité redoutable- à la salle des Trois Baudets, alors en restauration, DSC_0060avant un concert privé sur RTL, Moustaki avait promené sa fine silhouette et sa crinière poivre et sel dans des lieux qui ravivait le souvenir.

Sur la scène des Trois Baudets, il avait même repris le refrain de l’autre ami Georges (Brassens) qui étrenna sur place son Gorille. A l’extérieur, pour un plan sur le boulevard bordé de sex-shop, il avait fait une pause pour discuter avec un motard arrêté, dont le véhicule avait tapé dans l’œil de ce motard de la première heure. Et qui confiait son regret d’avoir initié Coluche, alors parfait inconnu, au maniement d’une 750 cm3…Avec pudeur, le soir sur RTL, il m’avait confié ses difficultés de chanter avec des problèmes respiratoires qui commençaient à handicaper son appétit de découvrir le monde et les autres.

En 2009, à Barcelone, sur la scène du Palais de la musique catalane, il avait annoncé qu’il chantait pour la dernière fois, handicapé qu’il était par la maladie pulmonaire qui a fini par avoir raison de sa liberté de créer. « Le public a réagi par un silence ému, plus bouleversant que les plus grandes ovations » avait-il alors déclaré.

DSC_0018De Moustaki, les médias ont repris les thèmes éternels : Le Métèque, Ma liberté. Il aurait pu aussi reprendre Grand Père, un splendide texte sur les racines méditerranéennes d’un homme qui défendait le partage, la liberté de la différence.  Célébrer celui qui avait popularisé la musique brésilienne avant l’heure, fait connaître Hadjidakis, Théodorakis, Piazzola,  dans des versions françaises… Celui qui célébrait La Vieillesse pour évoquer son désir de profiter du temps que lui laissait « sa jeunesse« . Ou saluer encore un artiste en prise sur son époque et qui avec Le Temps de vivre avait montré qu’on pouvait saluer la révolution sans tomber dans les slogans lourdingues. Sans oublier une des chansons les plus subtiles de son répertoire, Sans la nommer. Un modèle d’écriture.

A l’heure où la camarde, chère à Brassens, a choisi de frapper la chanson, il vaut mieux réécouter Moustaki bien vivant…

(Photos collection personnelle de F. Cardinali)
 
 

Nous sommes deux


Sans la nommer

Grand père

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