Le voyage musical splendide de Lo’ Jo

Avec un treizième album à son actif, Cinéma el mundo (*)  Lo’Jo prouve que trente ans de carrière n’ont pas émoussé l’inspiration d’un groupe qui mêle tous les genres musicaux avec un réel bonheur.

C’est dans la douceur angevine que Lo’Jo est né en 1982  sous l’impulsion de Denis Péan et Richard Bourreau. Après trente années d’existence et une musique bigarrée et métisse, Lo’Jo a su trouver un style personnel fait d’une musique de toutes les couleurs. Cinéma el Mundo en apporte une fois encore la preuve avec des sonorités tirées du mariage de plusieurs instruments peu communs : vièle chinoise, n’goni du Mali, imzad du Sahara, panduri géorgien… « J’aime les couleurs, les climats, la géographie d’un morceau», souligne Denis Péan, le porte-parole du groupe. Des métissages musicaux qui n’empêchent pas le groupe de faire aussi des références à une musique plus sophistiquée dans la chanson Comète algébrique par exemple dont les harmonies renvoient aux compositeurs du début du siècle dernier. Ou alors, dans Vientiane, description du marché de la capitale laotienne, Lo’Jo s’amuse à recréer une atmosphère de boîte de nuit avec d’improbables paso-doble électriques.

En choisissant un tel titre pour ce dernier opus, Lo’Jo marque clairement ses influences cinématographiques. Denis Péan dit : « Je conçois la musique comme une succession de plans. » Pour ce voyage cinématographique et musical, le groupe a fait appel à pas mal de musiciens extérieurs. Au violoncelle, Vincent Ségal a apporté aussi ses dons d’arrangeur. Et dans 2 Bâtons, on entend une voix enfant qui provient… d’entretiens radiophoniques de Marguerite Duras ! Sans parler de la présence d’un « monstre » du rock, Robert Wyatt qui donne de la voix sur Cinéma El Mundo.Poétiques, les textes de Denis Péan sont autant d’invitations à larguer les amarres mais peuvent aussi poser des questions à la société comme dans la très réussie Marseillaise en créole qui revient sur la question d’identité nationale. Il dit : « Je vis dans un monde, dans un pays que je ne trouve pas évolué ou très peu. Il faudra peut-être des siècles pour que quelque chose se transforme. »Et entre un hymne militaire et une toile de Chagall, Lo’Jo a vite fait de choisir…

A revoir la route tracé par le groupe, on mesure le chemin parcouru par son créateur, fils d’agriculteur qui a appris la musique en autodidacte, après avoir acheté une orgue Farfisa à un forain sur un camping. « Le même que sur le verso de la pochette d’Ummagumma, de Pink Floyd. Je me souviens du premier accord que j’ai joué, ré-mi, ça frottait un peu comme chez Miles Davis, je n’en revenais pas. » Une chose est sûre : Lo’Jo est un bel exemple de liberté d’inspiration et de mariages musicaux réussis où il est aussi bien question de comètes que d’Alger et cette « larme évaporée de Méditerranée » … « On est libres, on peut faire un duo, un grand orchestre ou courir nus dans un champ. C’est une utopie, donc ça ne peut pas s’éteindre », dit Denis Péan. Une telle utopie, ça a de la gueule quand même…

(*) Disque Harmonia Mundi

Site www.lojo.org

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