Marcel Kanche réussit « son » Ferré

Même avec passion et talent, interpréter Ferré n’est pas une aventure tranquille, on l’a vu récemment avec les versions de Catherine Lara. Marcel Kanche et I.Overdrice Trio réussissent ce défi. A écouter absolument.

Ferré avait le style et la diction. Le chanter nécessite donc d’échapper à la pâle copie, à la parodie de l’invective. Rares sont ceux qui y sont parvenus. Avec Léo Ferré. Et vint un mec d’outre saison (*), Marcel Kanche fait un travail tout à fait spectaculaire de redécouverte de l’univers de Ferré.

D’abord, parce que, s’appuyant sur une connaissance profonde de l’œuvre, Kanche a fait des choix chez Ferré pour se le mieux approprier. En oubliant de se frotter aux classiques sans rien apporter de neuf. Ainsi, Avec le temps n’est pas du voyage, tout comme Jolie Môme. Entre autres. D’emblée, il place la référence ailleurs ouvrant l’opus par un Epilogue, long poème tiré de L’Opéra du pauvre.  » J’ai la mathématique du divan/ Et quand tu vas dormir pour toi je mixe/ Le bonheur et la Mort qui va devant/ Avec le jour au bout comme du souffre. » Ou met sa voix rauque au service d’un inédit de hautes couleurs, Le Chemin d’enfer, tout un programme.

Quand il s’attaque à un tube « férréien » par excellence comme C’est extra, c’est pour une re-création qui donne presque à la chanson des airs d’inédits, tant Kanche parvient à exprimer le cœur du poème, à gratter son sens jusqu’à l’os. Avec sa voix rauque, ce souffle qui exprime les désordres de l’âme, Marcel Kanche fait revivre Léo à sa manière, avec une force d’interprétation qui l’honore et nous touche. Ainsi cet hymne à l’amour et à la sensualité se rapproche plus d’un blues existentiel.

Et puis, musicalement, alors qu’il avait un temps imaginé d’affronter le poète-chanteur seul au piano, Marcel Kanche a su bien s’entourer de ce trio de jazz qui redonne une seconde vie aux partitions de Ferré. Fidèles mais pas imitateurs sans âme. Sur certains morceaux comme A mon enterrement, il y a des accents à la Miles Davis dans les cuivres, quand la batterie assure en fond de scène le tempo. Il faut par exemple entendre l’extrait du Chien pour voir comment ses compagnons de musique revisitent la partition rock d’origine. Une musique où, à l’origine, un certain Hendrix aurait dû assurer les riffs de guitare électrique.

Avec cet album, Marcel Kanche  donne à voir autrement cette poésie sans fard où l’imaginaire le dispute à une éternelle révolte. Chapeau !

(*) Disque Harmonia Mundi

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