Les illuminations de Patti Smith

Etoile filante du rock, Patti Smith écrit comme en écho avec les autres domaines artistiques. La preuve avec Banga, son dernier album (*), plein d’illuminations et puissant.

Se promener sur les chemins de traverse de la création, Patti Smith n’a cessé de le faire. Dans Banga, elle convoque des frères d’art de toutes époques et de toutes disciplines de sa voix forte et puissante. L’album doit son titre à une chanson née de la découverte très enthousiaste du classique de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et la Marguerite. Cette amoureuse de Rimbaud sait cultiver comme nul autre ses chers disparus : ainsi avec  This is The Girl, en souvenir d’Amy Winehouse ou Maria, belle évocation de Maria Schneider, récemment emportée par la maladie. Elle peut laisser aussi  courir son inspiration après avoir rêvé sur la fresque Le Songe de Constantin, de Pietro Della Francesca, dans  l’église Saint-François d’Arezzo qu’en évoquant L’Enfance d’Ivan, du cinéaste russe Tarkovsky, une chanson qui reprend une musique de Sun Ra. Comme le raconte le livret de l’album, avec ses belles images en noir et blanc – on connaît le goût de l’artiste pour les Polaroid- l’aventure a commencé en 2009 quand elle s’embarqua dans l’aventure de Socialisme, tourné par Godard sur le MS Costa Concordia. Une errance douce entre Chypre et Izmir où elle a commencé à réfléchir à ce nouvel album. L’actualité lui a offert enfin d’autres thèmes comme ce Fuji-San, né suite à la catastrophe de Fukushima. Avec, quelques invités de marque en studio comme le guitariste qui assure la partie sur la chanson-titre : un certain Johnny Depp, également crédité à la batterie.

Sans jamais oublier qu’un artiste ne peut que s’engager – elle vient de soutenir les trois jeunes artistes russes du groupe Pussy Riot, emprisonnées par Poutine- Patti Smith retrouve ici sa meilleure inspiration en compagnie de ses compagnons de musique -Jay Dee Daugherty à la batterie; Lenny Kaye, à la guitare et Tony Shanaban (basse et claviers)- habitant ses chansons de toute son âme. Avec pour clore le voyage une reprise du grand Neil Young -After The Gold Rush- une habitude chez la dame qui lors la dernière Fête de l’Humanité, a donné une version épurée et forte d’un classique de Springsteen : Because the night.

Cette artiste née en 1946 à Chicago ne cesse de se renouveler et d’explorer toutes les voies artistiques. On se souvient de la très belle exposition de ses photos à la Fondation de Cartier à Paris en 2008 où elle présentait aussi dessins et collages. Et bien sûr du très beau livre Just Kids,  sur son amitié amoureuse avec  Robert Mapplethorpe, en 2010. Une éternelle indignée qui a toujours entretenu une relation forte avec la France comme elle le racontait récemment : « J’ai mis de l’argent de côté pendant des années et, en 1969, à l’âge de 22 ans, j’ai débarqué à Paris. C’était l’extase permanente. Je prenais des photos, déclamais des poèmes dans les rues de Montparnasse avec un cracheur de feu, entre le Select et la Coupole. Je passais aussi du temps dans les cimetières, comme le Père-Lachaise. C’est là, sur la tombe de Jim Morrison, que j’ai décidé de composer ma propre musique. En 1973, j’y ai chanté, à genoux, ma première version de « Gloria ». La France a inspiré ma poésie, mes photos et ma musique. »

(*)Disque Columbia

La Bande annonce de Socialisme, de Jean-Luc Godard

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