Vinicio Capossela : l’air du large

Indéniablement, c’est l’artiste italien qu’il faut écouter de toute urgence. Avec son album Marinai, Profeti et Balene, Vinicio Capossela signe un album haut en couleurs et lettré où il cite Melville, Conrad comme Céline. Musicalement, l’homme est aussi très inspiré.

L’homme travaille dans une boutique transformé en atelier près de la gare de Milan. Comme si les espaces ferroviaires, lieux de passage par excellence mais aussi impersonnel, pouvait titiller l’imaginaire. En tout cas, avec son nouveau disque, un double CD, Marins, Prophètes et Baleines, cet artiste de 46 ans marque les ondes en mêlant des textes de son cru à des adaptations de classiques comme Melville avec, par exemple, ce Billy Budd enlevé en ouverture. Il a déclaré : « L’idée première du disque, c’est la confrontation de l’homme avec son destin, tel qu’on le lit chez Homère, Dante, dans la Bible. Et, bien sûr, dans Melville, dont l’écriture est éminemment biblique.» Les aventures du capitaine Achab nourrissent plusieurs chansons tout comme la Méditerranée et L’Odyssée. Pour évoquer cette histoire primitive, il s’est même adjoint les services du musicien Psarantonis, chanteur et joueur de lyre.

Depuis son premier disque en 1991, l’homme a exploré bien des univers musicaux, et fut trop vite comparé à Paolo Conte même si son univers et son inspiration sont sensiblement éloignés de la partition du crooner italien. Il y a aurait plus du Tom Waits, s’il faut filer la comparaison dans la palette musicale d’un chanteur à la voix puissante, capable de moduler sur bien des registres. Cette fois, il est plutôt allé voir du côté des arias de la musique classique, de certains récitatifs. Il ajoute : « Il y a une grande importance accordée aux choeurs, qui représentent l’effort collectif pour affronter l’adversité. Je passe du chœur d’opéra à celui des marins, dissonant et éthylique, et aux harmonies swing des années 30. » Pour faire passer ses émotions musicales, Capossela n’hésite pas à s’appuyer sur des instruments rares : ondes Martenot, laouto, oud, boulgari…

Ce voyage très original est dédié à Renzo Fantini, le découvreur de l’artiste disparu durant l’enregistrement. Des chansons qui sont autant au final de réflexion sur la solitude : d’Achab au Bardamu de Céline. Après son remarquable Rebetiko Gymnastas, Capossela prouve qu’il peut se remettre en question sans barguigner.

(*) Disque Harmonia Mundi

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