Quand Aragon saluait la chanson

La Nouvelle Revue Française consacre un numéro à Variétés : littérature et chanson (*). Passionnant et étonnant notamment avec un témoignage inédit de Louis Aragon.

Serge Gainsbourg s’amusait à parler de la chanson comme d’un « art mineur« , lui qui rêva, toute sa jeunesse, de faire carrière dans la peinture. A lire tous les témoignages du numéro de la NRF (juin 2012), on peut douter de la validité de la formule, tant littérature et chanson ont connu des passerelles.

Publié sous la direction de Stéphane Audeguy et Philippe Forest, ce volume est bourré d’enseignements grâce à de nombreuses analyses et autres témoignages. Notamment celui resté inédit d’un enregistrement radiophonique entre Aragon et Francis Crémieux. Que dit le poète quand le chanteur lui emprunte ses vers ? «Je trouve très naturel qu’un homme qui fait des chansons, un homme du talent et de la sensibilité de Léo Ferré, prenne quelque chose de moi, j’en suis même absolument honoré, et je suis même très intéressé à ce qu’il fait, en coupant ainsi, en distribuant les choses : c’est comme s’il pratiquait une critique de ma poésie». Il ne s’offusque même pas

Louis Aragon et Elsa Triolet avec Léo Ferré dans les années 60

quand le chanteur se permet de retravailler le poème d’origine : « Pourquoi est-ce que ça me gênerait ? Je ne vois aucune raison. J’ai écrit les poèmes sous une certaine forme, mais quand on les chante, ils ne peuvent jamais avoir la même longueur que le poème. » Dans un autre chapitre, la romancière Annie Ernaux décrit subtilement le phénomène d’identification instantanée propre à la chanson, notamment quand il est question d’amour et de passion. Elle souligne :  “Il faut cette grande banalité, cette absence d’analyse, pour soutenir et embellir le désir amoureux, nous fondre dans la foule des croyants de l’amour.

Outre des analyses plus savantes des liens complexes entre littérature et chanson, on découvre aussi les regards d’artistes aussi différents que Gérard Manset, Serge Lama et Bernard Lavilliers. Ainsi, Lavilliers souligne : « L’important, c’est la mélodie qui se trouve dans la langue, je recherche les différents variantes du style clair, extrêmement métallique. Les trouvailles aussi, les formules irradiées. Une illumination qui jaillit : l’exemple parfait, c’est Rimbaud. » Quant à Lama, il dit sans ambages : « J’ai écrit un livre de poèmes : « Sentiment, Sexe, Solitude ». Je ne suis pas un grand poète, je n’ai pas cette plume mais, par moments, j’ai des grandes phrases. Si je devais me juger, voilà ce que je dirais. »

On ne vit certes pas que de chansons mais, dans cette relation à la chose littéraire, la chanson peut embellir la vie… Et jouer un duo avec la littérature et non pas un duel. C’est le sentiment que l’on a en tout cas après avoir terminer ce numéro très riche.

(*) Ed. NRF

Leo Ferre – Il n’ aurait fallu ( poème d’ Aragon ) par bebop67

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