Chavela Vargas : une voix de liberté

Disparue discrètement à Cuernavaca (Mexique), Chavela Vargas, 93 ans, était une voix de légende de la chanson latine. Une femme qui n’avait jamais déserté une voie bohème.

Le 10 juillet dernier, elle a donné son dernier concert sur une chaise roulante à Madrid pour réciter Garcia Lorca et interpréter quelques ballades romantiques dont elle fut une grande interprète et qui avait forgé sa légende. Une vie d’art et de rébellion où cette grande voix de la sono mondiale a marqué les esprits.

De son vrai nom Isabel Lizano Vargas, Chavela est née le 19 avril 1919 à San Joaquin de Flores, au Costa Rica, d’une mère au foyer et d’un père chef de la police. « Quand je suis née, j’ai chanté au lieu de pleurer« , aimait-elle dire. Adolescente, elle avait émigré au Mexique, ne supportant pas la société ultra-conservatrice d’une petit pays du début du XXe siècle et une famille qui, selon elle, la détestait.  Une exil pour développer son talent et vivre son homosexualité. « Je vivait dans un enfer », « comme un bête curieuse« , disait-elle.

Comparée à Edith Piaf par Pedro Almodovar, fan de la première heure qui la fit jouer en 1993 dans La Fleur de mon secret,  Chavela avait commencé à chanter dans les rues avant d’être découverte, vers 30 ans, sur la grande avenue Insurgentes de Mexico par le composition José Alfredo Jimenez. L’homme devait devenir l’auteur de ses principaux succès d’un répertoire sentimental, rendu encore plus expressif par l’épure et le son de quelques guitares. . Elle ne quittera plus ce pays dont elle adopta la nationalité.

Chavela Vargas – Piensa en mi par larsen42

Dans les années 40, Chavela  s’est liée d’amitié avec les peintres mexicains Frida Kahlo et Diego Rivera, qui l’accueillirent un temps dans leur maison. Elle prétendit même avoir vécu un ménage à trois avec eux…

Chavela commença à connaître le vrai succès vers la fin des années 50, notamment à Acapulco, grand centre du tourisme international. Elle y chanta selon sa propre légende  lors d’une des noces d’Elizabeth Taylor et y connut Ava Gardner. Dans l’univers de la bolème des années 60, Chavela vit sans se préoccuper du regard des autres : aime autant la tequila, que les femmes ou… les voitures de sport. A Madrid, dans un cabaret de légende comme « Le Florida Park », elle est l’incarnation d’une sacrée liberté au pays du dictateur Franco.

Mais l’alcool brûle les ailes de l’artiste qui disparaît peu à peu du devant de la scène pour revenir au début des années 90 dans une boite de filles intellos de Mexico, « El Habito » (« Le Vice »). Si elle ne boit plus, sa voix conserve son timbre sublime.  Elle enregistre à nouveau trois CD en Espagne et Pedro Almodovar fait sa promotion. A plus de 70 ans, Chavela connaît une nouvelle carrière. Quand elle donne son premier concert en France en octobre 1994, c’est devant un Olympia bourré et des célébrités comme Johnny Depp, Jeanne Moreau…

Son dernier opus de l’année dernière, La Luna Grande, était consacré à Lorca, un autre rebelle, un poète au destin tragique, victime du franquisme. Doté d’un vrai sens de l’humour, elle avait évoqué la mort en ces termes : « La vie est très belle, mais la mort aussi. J’ai souvent dit que j’irai à mon propre enterrement, mais pour me moquer de moi-même »

La découvrir dans un de ses « tubes » au cinéma (Frida)

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