L’hommage à un grand révolté

Henri Karayan, l’un des derniers survivants de la bande à Manouchian

Henri Karayan ne faisait pas partie des médiatiques, de ceux qui passent leur temps à montrer leur bobine à la télévision. Il faut dire que les chaînes ne se pressent pas pour rendre hommage à cette bande d’étrangers qui ont payé de leur vie pour libérer la France : ceux de la bande à Manouchian, les proscrits de la célèbre Affiche rouge, poème d’Aragon et musique de Léo Ferré. A 90 ans, Henri Karayan vient de mourir. J’avais eu la chance de croiser ce grand Résistant survivant… Je me souviens.

Mai 2008. Il faisait froid sur Paris et la pluie tombait drue sur un petit jardin inaugurée dans un coin calme du 12ème arrondissement : le square Léo Ferré. J’avais été invité à l’inauguration  par Marie-Christine Ferré. Après deux poèmes de Léo, dits splendidement par Agnès Jaoui et Richard Martin, directeur du Théâtre Toursky à Marseille, les invités avaient découvert ce coin de verdure. Quelques uns entouraient un vieil homme s’appuyant sur deux cannes qui disait à la veuve du chanteur combien une de ses chansons avaient été importante pour lui. L’Affiche rouge, le poème si émouvant d’Aragon mis en musique par Ferré avec ces chœurs d’outre-tombe et qui rendait hommage à ces Résistants apatrides tombés pour la France et exécutés par les nazis. Or, ce vieil homme, Henri Karayan, était un des deux derniers survivants du groupe à avoir échappé aux balles des hommes d’Hitler. Et il était fascinant tant, à l’âge où certains cultivent leurs actions, il gardait intacte ses convictions, cette révolte chevillée au corps. Même si la qualité est moyenne, je vous laisse découvrir un extrait de ses propos. Ultime hommage à un homme qui vient de mourir à 90 ans, sans que le pouvoir ne daigne lui rendre un hommage national qu’il aurait tant mérité.

Retour en arrière. Henri Karayan est né en 1921 à Istanbul d’une famille arménienne qui avait survécu au génocide. En suivant sa famille, il est arrivé dans la région de Lyon à un an et demi.

Son papa est responsable en 1921 du comité de secours pour l’Arménie, association qui vient en aide à l’Arménie soviétique isolée par le blocus des armées alliées. Quand le comité est dissous en 1938, un militant communiste, Missak Manouchian, met en place une structure nouvelle : l’Union populaire franco-arménienne. Dans ce cadre, Henri Karayan, 17 ans, croise sa route. « La première fois que je l’ai rencontré, disait-il, nous avons passé l’après-midi ensemble. Tout ce qu’il me disait résonnait en moi. Nous partagions les mêmes convictions. Je pensais ne jamais le revoir. Nos routes avaient peu de chances de se croiser de nouveau. C’était compter sans la pression des évènements. «  Avec la guerre et l’Occupation, leur chemin va se croiser à nouveau au sein du groupe Manouchian qui s’illustra dans la lutte contre l’Occupant.

Henri Karayan échappera de justesse avec Arsène Tchakarian à la rafle qui conduisit le reste de ses compagnons au peloton d’exécution le 21 février 1944. Bien des années après, quand il parlait de cet engagement, le survivant de la bande soulignait toujours : « Je n’ai jamais tué d’Allemands, je n’ai tué que des nazis. »

A une époque où les révoltés se comptent sur les doigts de la main, où le conformisme médiatique tient lieu de carte de visite, je tenais à saluer la mémoire de cet étranger qui se battit pour notre pays. En espérant qu’un jour, on fasse lire L’Affiche rouge à la rentrée des classes…

En attendant, on peut re-écouter Léo sur scène


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