LES LIBERTES DE GEORGES

Sur scène devant les amis de Georges

Trente après son mariage avec la camarde, qu’il chanta si souvent, Brassens revient en grâce. L’exposition de la Cité de la musique est une belle redécouverte loin des hommages naphtalines d’un homme qui fit de toutes les libertés son plumage.

On croyait tout savoir sur le croque-notes. Naissance à Sète le 22 octobre 1921. Mort près de Montpellier le 29 octobre 1981, juste après son soixantième anniversaire. Toute une vie vouée à la chanson, aux mots et à la musique. Un bourru qui masquait une vraie timidité et une sensibilité profonde derrière une apparence parfois rugueuse. Un modeste pour qui, selon les mots d’une de ses chansons les moins connues, « montrer son cul ou son cœur c’est pareil… ». A son ami et écrivain Louis Nucéra, il disait en janvier 1974, lors d’une série de rencontres pour RTL « Je suis plus capable de donner une opinion sur un ami que sur moi-même. Si je fais un peu d’introspection, je me trouve tous les défauts, tous les vices, et en même temps, toutes les qualités, du reste. D’ailleurs, il y a très longtemps que je ne me livre plus à ce jeu. »

Alors, que nous fait redécouvrir cette exposition « Brassens ou la liberté » (*) ? Tout simplement le côté formidablement humain de Brassens, qui n’a pas beaucoup changé de ligne depuis son adolescence. Sens de la famille, culte de l’amitié, amour et peur des femmes, passion des mots, culte de la discrétion… le Brassens des années 60 est déjà présent chez le jeune homme. Est-ce que les dessins de Joann Sfar (par ailleurs commissaire de l’exposition avec la journaliste Clémentine Deroudille ) sont les responsables du sentiment d’éternelle jeunesse que le visiteur ressent en parcourant l’exposition entre –remarquables- documents sonores, carnets personnels, matériel musical, photos et autres affiches ? Sûrement pas ! La force de ces dessins, placés comme les pierres sur un chemin de traverse, c’est de montrer comment une œuvre, fut-elle celle d’un membre les plus actifs d’un art dit mineur, a glissé vers l’éternité et de facto l’indémodable.

Une incroyable censure

Alors, on se laisse porter par le parcours d’un homme qui a toujours défendu les libertés en se battant pour protéger la sienne. Fût-il alors difficile pour lui de se mesurer à la censure. On découvre ainsi le document des services de renseignements français sur un artiste qui fréquente le milieu libertaire. On est encore étonné de voir les étiquettes de l’ORTF qui censurait certaines de ses chansons : « Le Gorille » ou « La Mauvaise Réputation. »

La liberté de Brassens

Brassens et une de ses guitares, du luthier Favino

ne fut pas que politique. Une chanson comme « La Non -Demande en mariage » est un des plus beaux plaidoyers pour l’union libre. Et bien d’autres textes sonnent comme des plaidoyers pour la défense de la nature, et l’écologie avant l’heure.

Au détour d’un parcours « brassensophile », où le ludique n’est jamais loin du poétique, on découvre enfin combien d’artistes ont adapté français dans une vingtaine de langue : Fabrizio di André en Italie ou Fernande Tichke en Espagne.

Juste avant de tirer notre révérence, on repère une vitrine où est installée une guitare Favino de Brassens. Sur la caisse, figure un 81 avec des points de suspension. Comme si, se sachant condamné, et tout en donnant le change à ses proches, il avait choisi de vivre comme si. Parfois, pour évoquer cette mort, Brassens aimait se protéger des mots des proverbes, expression d’une forme de sagesse populaire s’il en est. Ainsi quand il citait celui venu d’Afrique : « Sur terre, nous paraissons des étrangers, notre demeure est chez les mots. »

Dans cette maison provisoire dédiée à Brassens, flotte en tout cas un vrai parfum de liberté. F.C.

(*)

211, avenue Jean Jaurez 75019 Paris

Réservations : 01 44 84 44 84. Et en ligne sur http://www.citedelamusique.fr

Avec Pierre Nicolas

Sète en première ligne

Tout naturellement, la ville de Sète place 2011 sous le signe de son illustre barde. Films, documentaires, expositions, concerts et conférences feront le tour de l’œuvre de Brassens.

Ainsi, du 25 au 30 septembre, une croisière spéciale conduira les fans de Brassens de Barcelone à Savone, et sera marquée par des prestations de Maxime Le Forestier, Joël Favreau, le dernier guitariste de Brassens, Bruno Garnier, cousin de Georges, et d’autres.

Dans la ville même, l’Espace Georges Brassens fêtera ses 20 ans avec une programmation spéciale. Ainsi, du 28 avril au 20 mai, le graphiste et illustrateur TABASTm investit la Chapelle à Sète en inspirant ses grafs de l’œuvre du chanteur. AU théâtre de la mer, deux soirées « Putain de Georges » seront programmées le 21 juillet et le 13 août avec une riche affiche. On y entendra notamment l’étonnant Kristo Numpufy, interprète de Brassens en Afrique, qui joue à merveille sur des percussions syncopées.

Quelques célébrations parmi tant d’autres comme l’exposition des photos de Brassens, griffées par Doisneau en 1953, 1962 et 1972 et que l’on verra d’octobre à décembre à l’Espace Georges Brassens et la Chapelle du Quartier Haut.

Bref, des promenades Brassens pour tous. Par sûr que le « Gros » aurait aimé tant de cérémonies. Le tout, c’est qu’il n’y ait pas trop de cérémonial pour rester fidèle à son esprit.

A écouter et voir

+ Un CD, « Pensez à moi », neuf chansons de jeunesse inédites interprétées par Belin, Morel et Daviaux (Télérama. Cité de la musique). Très influencé par Trenet, Mireille et d’autres, ces chansons prouvent que Brassens, entre 17 et 24 ans, a déjà du style. Bertrand Belin y fait des interprétations subtiles.

+ Un DVD, « Brassens en liberté » (INA/ Cité de la musique). Outre un VD d’un entretien passionnant avec Philippe Némo sur France Culture en 1979 où Brassens évoque aussi bien la mort que l’inspiration, on découvre, dans le DVD, de nombreux duos de Brassens, avec Salvador, Jean Bertola… ou encore la visite du chanteur avec Le Forestier chez son luthier Favino. Cerise sur le gâteau, on peut retrouver son concert de Bobino en 1969. A conserver.

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